Nos_Chemins_de_Travers_Georgia_Caldera 

Résumé :

« Je m’étais juré que, s’il ne devait y en avoir qu’une parmi toutes les autres, ce serait elle. Et cependant, ce jour-là… »

Depuis des années, Louis et Emma se côtoient sans vraiment se connaître. Au lycée, au centre équestre, et même à la fac, il est ce garçon populaire, star des concours et de sa promo, pour qui toutes les filles craquent en dépit de son arrogance. Timide et réservée, Emma, elle, n’a qu’un objectif : passer inaperçue. Leurs rapports se résument donc à une ignorance cordiale jusqu’au jour où Louis décide d’humilier publiquement la jeune femme.

Mais un tragique accident va remettre les compteurs à zéro. Après avoir mordu la poussière, Louis se heurte à une solitude cruelle et inattendue, qui lui montre la réalité sous un tout autre jour.

Emma sera-telle prête, elle aussi, à reconsidérer son jugement pour l’aider à se relever ?

(Source : J’ai Lu pour Elle)

L’avis d’Arwinya:

Chaque livre de Georgia Caldera est une pépite d’or, un savant mélange d’émotions, de frissons et d’humour. Ce nouveau roman n’échappe pas à la règle. Des personnages complexes et façonnés par un passé douloureux auxquels on s’attache presque malgré eux, une histoire riche en rebondissements, une écriture travaillée mais plaisante, et beaucoup d’émotions au fil des presque 600 pages, voilà de quoi est fait ce livre. Je dois tout de même dire qu’il y a eu un énorme point négatif dans ce livre : la fin ! Sérieusement, je n’étais pas au courant qu’il y avait deux tomes, et ce cliffhanger ! Mais quelle torture pour les lecteurs de devoir patienter ! Pourquoi tu nous fais cela, Georgia ?!!!

Maintenant que ceci est clarifié, passons à la critique. Le scénario en lui-même n’est pas très original : deux jeunes gens que tout opposent et qui se détestent – vous savez, la jeune fille pure, chaste et innocente et le vilain méchant garçon – vont voir leur existence chamboulée et on devine aisément ce qui en découlera. (Mais avouez, c’est pour ça qu’on aime ces histoires, non ?). Cependant, ce schéma somme toute classique permet de s’attarder très longuement sur les personnages, lesquels n’ont pas grand-chose à voir avec ceux qu’on rencontre habituellement dans ce genre littéraire. Parce que s’il y a bien une chose dans laquelle l’auteur excelle, c’est la création de ses personnages. Un caractère soigné et complexe, un passé bien étudié qu’elle nous dévoile au compte-goutte pour faire durer le suspense, une situation actuelle particulièrement bien dépeinte… C’est, je crois, son plus gros point fort.


Voilà, tout est dit !!

Parlons d’abord d’Emma. Loin de nous la bimbo qui fait tourner les têtes de ses messieurs, ou la femme sûre d’elle. Ici, c’est une jeune femme introvertie, mal dans son corps et dans sa tête, sans aucune confiance en elle, ce qui la rend ignorante du monde extérieur, des autres et donc plutôt naïve. Ces défauts, elle les compense par une gentillesse et une tolérance pourrait-on dire exemplaire. Personnellement, je me suis beaucoup reconnue en elle, j’étais un peu pareille à son âge. Elle se pose des questions que nous nous sommes beaucoup posées à 19 ans, et elle en est très touchante. Par moment, j’avais envie de la secouer, de lui dire d’ouvrir les yeux sur ce qu’elle est, qu’elle ne pouvait pas continuer à vivre ainsi renfermée. Et puis je me rappelais qu’en fin de compte, beaucoup de personnes sont comme elles. Peut-être pas à ce point, mais quand même, je la comprend. Et ça, une héroïne aussi fragile, au physique loin des figures de mode (enfin ! je milite pour plus de personnages comme ça dans la littérature ! Au diable les idéaux féminins dictés par la société !), on en rencontre peu.

Louis, lui, est assez classique dans le rôle du bad boy, qui n’est pas un si mauvais garçon. Bel homme, sûr de lui, coureur de jupons et briseur de cœur, vivant dans le luxe et la luxure… Il est détestable. Mais ça, bien sûr, on sait déjà que c’est une façade. Que lui aussi, comme Emma, cache de lourdes blessures qui ont fait de lui cet être froid et insensible. Et plus on va apprendre à le découvrir, plus on va craquer. Bon d’accord, je suis carrément tombée amoureuse. Son évolution est intéressante, le personnage passe par diverses phases tout au long de l’histoire (à l’instar, en quelque sorte, des 5 phases du deuil : déni, colère, expression, dépression et acceptation), et c’est plaisant à suivre.

Louis et Emma se connaissent depuis longtemps. Ils ont grandi ensemble sans être jamais ensemble, dans les mêmes écoles, la même ville, elle dans l’ombre et lui dans la lumière. Ils n’ont rien en commun, si ce n’est leur passion pour l’équitation. Laquelle sert un peu de cadre à l’histoire, mais ça aurait mérité à être un peu plus présent (surtout quand on sait que l’équitation sert souvent de thérapie). Et puis un jour, tout bascule. Ces deux êtres si dissemblables vont maintenant devoir se côtoyer, apprendre à se connaître, à accepter et aimer l’autre. Mais non pas à s’accepter et s’aimer soi-même. Et c’est ici tout le brio de l’auteur. On n’est plus dans le cliché de « l’amour qui guérit tout ». L’amour aide à se reconstruire, mais l’amour de l’autre n’est pas l’amour de soi. J’aime beaucoup cette distinction que fait l’auteur dans ce premier tome, et qui est assez différente de ce qu’on rencontre généralement et beaucoup plus proche de la réalité. Il est plaisant de suivre l’évolution des sentiments de ces deux êtres brisés, que l’auteur nous transmet avec une pudeur retenue, une chaste délicatesse. La narration à la troisième personne alterne les points de vue des deux protagonistes, si bien qu’on peut suivre leur mode de pensée à tout deux, mieux comprendre les réactions de chacun et les changements d’attitude. Ce changement de point de vue est assez subtil, mais on ne s’y perd absolument pas, tout reste dans la fluidité.


Des choses à redire, Mr Castle ?

Pour ce qui est des personnages secondaires… J’allais oublier d’en parler ! Eh bien oui, ils sont si peu présents qu’aucun ne m’a marqué. Ah si, peut-être la tante de Louis, qui est une caricature de la marâtre de Cendrillon, exécrable, et trop méchante pour être crédible. L’amie d’Emma (d’ailleurs, il faudra repasser sur la définition d’amie, dans son cas) n’apporte pas grand-chose à l’histoire, les amis de Louis non plus. Ca rajoute quelques lignes en plus à l’histoire mais ils ne sont pas à l’origine de retournement de situation (sauf peut-être cette peste de tante). Avec le recul, c’est un peu dommage car ces protagonistes de second plan pourraient être mieux utilisés.

Georgia Caldera aborde discrètement des sujets lourds tel que le harcèlement scolaire, le deuil durant l’enfance, la difficulté à s’accepter soi-même dans une société où il faudrait être parfait… J’aurais d’ailleurs aimé que ces sujets ne se contentent pas d’être juste évoqués et qu’on s’y attarde davantage – surtout en ce qui concerne le harcèlement scolaire, car c’est un sujet particulièrement douloureux et destructeur qui mérite d’être mieux reconnu surtout que c’est ainsi qu’Emma est devenue celle qu’elle est aujourd’hui-, mais peut être le seront-ils dans la suite. Suite que j’attends en outre avec grande impatience ! Parce que cette fin, non, non et non, ce n’est pas humain ! Donc un conseil, pour conclure : lisez cette merveilleuse, tragique et frissonnante romance, mais attendez le tome 2 pour commencer votre lecture, ça vous évitera une bien grande frustration. Bonne lecture !